08 novembre 2008
Veillée de la résurrection
Image d’une personne portant un sac a dos lourd du fardeau de la vie
Puis image du kangourou bondissant avec sa poche devant
Mat 25,14-29
14 Il en sera comme d`un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs, et leur remit ses biens.
15 Il donna cinq talents à l`un, deux à l`autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit.
16 Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s`en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents.
17 De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres.
18 Celui qui n`en avait reçu qu`un alla faire un creux dans la terre, et cacha l`argent de son maître.
19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte.
20 Celui qui avait reçu les cinq talents s`approcha, en apportant cinq autres talents, et il dit: Seigneur, tu m`as remis cinq talents; voici, j`en ai gagné cinq autres.
21 Son maître lui dit: C`est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître.
22 Celui qui avait reçu les deux talents s`approcha aussi, et il dit: Seigneur, tu m`as remis deux talents; voici, j`en ai gagné deux autres.
23 Son maître lui dit: C`est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître.
24 Celui qui n`avait reçu qu`un talent s`approcha ensuite, et il dit: Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n`as pas semé, et qui amasses où tu n`as pas vanné;
25 j`ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre; voici, prends ce qui est à toi.
26 Son maître lui répondit: Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n`ai pas semé, et que j`amasse où je n`ai pas vanné;
27 il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j`aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt.
28 Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents.
29 Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l`abondance, mais à celui qui n`a pas on ôtera même ce qu`il a.
Rom 12,1-3
1 Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable.
2 Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l`intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait.
3 Par la grâce qui m`a été donnée, je dis à chacun de vous de n`avoir pas de lui-même une trop haute opinion, mais de revêtir des sentiments modestes, selon la mesure de foi que Dieu a départie à chacun.
Tous les croyants ont à se méfier ; chacun de nous peut se donner bonne conscience parce qu’il croit en Jésus ; mais nous avons à nous interroger sur notre fidélité à le suivre, lui, le Seigneur qui a voulu vivre en serviteur.
C’est de cette fidélité que nous aurons à rendre compte, nous qui avons le privilège de connaître l’Evangile ; nous contentons-nous de profiter de cette lumière et de jouir de l’espérance qu’elle nous ouvre et de la paix qu’elle nous donne ? Ou bien cherchons-nous à partager cette paix et cette espérance, en servant ceux qui en manquent, avec un amour qui leur révèle celui de notre sauveur et de son Père ?
Marc-François Lacan
Veillée de la Resurrection 25 oct
Le Seigneur est bon ; il est une forteresse au jour de la détresse, et il connaît ceux qui se confient en lui.
Nahoum 1,7
Des soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis du deuxième des condamnés que l'on avait crucifiés avec Jésus.
Quand ils arrivèrent à celui-ci, voyant qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes,
mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l'eau.
Celui qui a vu rend témoignage, afin que vous croyiez vous aussi. (Son témoignage est véridique et le Seigneur sait qu'il dit vrai.)
Tout cela est arrivé afin que cette parole de l'Écriture s'accomplisse : Aucun de ses os ne sera brisé.
Et un autre passage dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé.
(Jn 19, 31-37)
Or, au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ; et tous ceux qui l'entendaient étaient ravis de son intelligence et de ses réponses.
En le voyant, ils furent stupéfaits, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois, ton père et moi, nous te cherchions tout affligés. »
Et il leur répondit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il me faut être dans les choses de mon Père ? »
(Lc 2, 41-50)
Bien sûr, Dieu nous a créés dans notre petitesse, dans notre finitude, dans notre condition de créatures. Mais il nous crée en nous appelant par sa grâce à grandir vers lui. Il voulait que cette croissance se fasse à tavers toute une économie où notre liberté serait conduite selon la pédagogie de son amour. Cela ne pouvait se faire que progressivement et par des seuils, c'est-à-dire par des sortes de mort à soi-même, non pas par rapport à un péché qui n'aurait pas eu lieu, mais mort aux limites propres à des créatures. Un peu comme la Vierge Marie qui a été grâciée de tout péché dès sa conception, a eu cependant à grandir dans la foi à la suite de son Fils. Il y a des choses qu'elle n'a pas conprises et qu'elle a dû accepter. Il y a dans le cheminement de la Vierge Marie comme un reflet de ce qu'aurait été le cheminement des libertés humaines hors du péché, dans leur nécessaire croissance jusqu'à pouvoir manger le fruit d'immortalité de l'arbre de Vie ; mais dans ce chemin il n'était nullemnt nécessaire de passer par le fruit amer de l'arbre de la Connaissnace du Bien et du Mal.
Jean Miguel Garrigues
Voici que S. Pierre apporte un élement nouveau. Le Christ discerné avant la fondation du monde a pour lui la figure de l'Agneau : il est " l'Agneau sans reproche et sans tache ". C'est une allusion à une des exigences légales concernant l'Agneau pascal, il fallait qu'il soit sans reproche, c'est-à-dire qu'il ne soit pas une bête malade ou tarée par une malformation quelconque ; il fallait qu'il soit sans tache, c'est-à-dire qu'il soit entièrement blanc. Les Lévites devaient bien examiner les bêtes que les hommes d'Israël apportaient au temple de Jérusalem au moment de l'immolation des agneaux. Celle-ci eut lieu, semble-t-il, l'année de la mort du Christ, le Vendredi-Saint, le jour de la Préparation de la Pâque, comme dit S. Jean, vers l'heure où Jésus expirait sur la croix. C'était à ce moment là qu'étaient sacrifiés les agneaux qui allaient être mangés au soir de la pâque, c'est-à-dire le vendredi soir. Il semble bien que Jésus a anticipé la célébration du repas pascal juif avec ses Apôtres, justement parce que le lendemain, le Vendredi-Saint, il allait l'accomplir véritablement en lui et que c'est donc au moment où l'on immolait ces agneaux que l'Agneau par excellence a été immolé. Et pendant que Jésus expirait sur la croix les prêtres immolaient les agneaux au chant du Psaume 135 dont le refrain dit : " car éternel est son amour " pour louer la fidélité de Dieu.
Si maintenant l'on tient compte du fait que Pierre dit que " cet Agneau sans reproche et sans tache, c'est le Christ discerné dés avant la fondation du monde ", alors cet Agneau n'est rien d'autre que le dessien du coeur de Dieu. S. Jean a rapproché deux texes apparemment trés lointains, le texte du rituel de l'Exode à propos de l'Agneau Pascal que l'on mangeait le soir de la Pâque dont il était demandé que les os ne soient pas brisés, et un texte du prophète Zacharie qui parle d'un mystérieux " transpercé " qui approfondit le thème du Serviteur Souffrant et qui semble bien être Dieu lui même : " Ils regarderont vers moi, celui qu'ils ont transpercé " (Za. 12, 10) dit Dieu. Il y a là comme une assimilation entre le Transpercé, le Serviteur Souffrant (Is.53,5), et Dieu lui même qui sera transpercé en lui. S. Jean en
voyant que le Christ n'avait pas les jambes brisées, comme les deux autres larrons et comme c'était la coutume pour les condamnés au supplice de la croix, puisqu'il était déjà mort, mais qu'il avait le côté transpercé, fit le lien entre ces deux textes apparemment très loitains. Il n'a pas eu les os brisés donc c'est l'Agneau, et l'Agneau signifie donc aussi le Mystère de l'amour de Dieu en tant qu'il peut recevoir la contradiction la plus radicale de la part du péché.
L'Agneau Pascal qu'est le Christ n'a pas eu les os brisés. pour S. Jean cela manifeste un lien certain avec la résurrection et avec le mystère de la divinité du Christ. C'est le Fils de Dieu dans le Christ qui est transpercé jusqu'au coeur, jusqu'au centre même de son dessein d'amour divin puisque le dessein a été conçu dans le coeur de Dieu. " Les desseins de son coeur sont d'âge en âge " (Ps.33,11) .
S. jean voit une différence entre les deux suppliciés dont on brise les jambes et le Christ transpercé par la lance et cependant dont les os ne sont pas brisés. Comme si la blessure la plus radicale de l'amour de Dieu exigeait d'aller de pair avec l'immutabilité de son être : " quand vous aurez élevé le fils de l'homme, vous saurez que Je Suis " (Jn.8,28)
En exprimant le Mystère du desseins de Dieu dans la figure de l'Agneau S. Pierre manifeste l'innocence totale de Dieu dont l'amour est sans reproche et sans tache, ne comportant pas la moindre compromission avec le mal, la moindre considération, prise en compte, commerce ou compromis avec ce que nous appelons le mal. Dieu n'a rien à voir avec le mal dont l'origine est uniquemnt dans la liberté de l'homme ou de l'ange quand ils disent non à Dieu.
Jean Miguel Garrigues
Benoit-joseph :
Veillée de la Resurrection 4 oct
L'esprit de l'Éternel parle par moi, Et sa parole est sur ma langue.
Le Dieu d'Israël a parlé, Le rocher d'Israël m'a dit: Celui qui règne parmi les hommes avec justice, Celui qui règne dans la crainte de Dieu,
Est pareil à la lumière du matin, quand le soleil brille Et que la matinée est sans nuages; Ses rayons après la pluie font sortir de terre la verdure.
N'en est-il pas ainsi de ma maison devant Dieu, Puisqu'il a fait avec moi une alliance éternelle, En tous points bien réglée et offrant pleine sécurité?
Ne fera-t-il pas germer tout mon salut et tous mes désirs?
2 Samuel 23 (2-5)
Un conte esquimau explique ainsi l'origine de la lumière : "Le corbeau qui dans la nuit éternelle ne pouvait pas trouver de nourriture, désira la lumière, et la terre s'èclaira."
Le désir, orienté vers Dieu, est la seule force capable de faire monter l'âme. Ou plutôt c'est Dieu seul qui vient saisir l'âme et la lève, mais le désir seul oblige Dieu à descendre. Il ne vient qu'à ceux qui lui demandent de venir ; et ceux qui demandent souvent, longtemps, ardemment, il ne peut pas s'empêcher de descendre vers eux.
Pour qu'il y ait désir, il faut qu'il y ait plaisir et joie.
Simone Weil
" Soyez enracinés dans l'amour, afin d'être capables de saisir ce que sont, la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur, et de connaître ce qui passe toute connaissance, l'amour du Christ." Saint Paul
Par-dessus l'infinité de l'espace et du temps, l'amour infiniment plus infini de Dieu vient nous saisir. Il vient à son heure. Nous avons le pouvoir de consentir à l'accueillir ou de refuser. Si nous restons sourds il revient et revient encore comme un mendiant, mais aussi, comme un mendiant, un jour ne revient plus. Si nous consentons, Dieu met en nous une petite graine et s'en va. A partir de ce moment, Dieu n'a plus rien à faire ni nous non plus, sinon attendre. nous devons seulement ne pas regretter le consentement que nous avons accordé, le oui nuptial.
Simone Weil
05 novembre 2008
De la foi
Rémi Brague (Du Dieu des Chrétiens)
Un Dieu qui se laisse manger est un Dieu qui ne demande rien en échange, pas même qu'on l'aime. Ou alors, au sens où l'on "aime" un plat que l'on trouve bon, ce que l'on ne peut savoir qu'en le mangeant.
Ce Dieu est-il tel qu'il faille croire en lui ? Question aussi bête que de savoir si un aliment va me nourrir sans que je le mange. Croire, ce n'est pas payer Dieu pour un service qu'il me vendrait. Croire, c'est tout simplement accepter ce service. Croire c'est se connecter avec Dieu. La foi est l'accès à Dieu comme la vision est l'accès aux couleurs, l'immagination, l'accès aux images, la raison, l'accès au calculable. Dieu est tel qu'il ne peut être atteint que dans la foi. Croire c'est se reconnaître nécessiteux, et du fait même, recevoir ce dont on a besoin. En matière de foi comme chez les mauvais garçons, avouer, c'est "se mettre à table" et "manger le morceau". L'économie du salut est le dispositif qui permet ce branchement. Il n'est pas un obstacle entre Dieu et nous. Bien au contaire, il est la façon même dont Dieu se rend accessible comme sauveur. Si je tombe à l'eau et qu'on me jette une bouée, vais-je dire : "Ce n'est pas une bouée que je veux, mais je veux qu'on me sauve de la noyade ? "
On entend dire que "la foi est un don de Dieu".Rien de plus vrai. Mais la plupart du temps, cette formule est employée par des incroyants. Ils la citent pour s'excuser de ne pas "avoir" la foi.
En fait, la formule n'est rigoureuse que si deux conditions sont respectées. D'une part, la foi n'est pas le seul don de Dieu, elle n'est qu'un des dons de Dieu,lequel, au fond, donne tout ce qui est. D'autre part, et en conséquence : présisément parceque Dieu donne à toute créature, il donne à chacune en fonction de ce qu'elle est. Or la foi n'est justement pas un don de Dieu en général, mais un don de Dieu à l'homme.La foi est un don dans la mesure où elle est proposée à cela seul qui fait de l'homme celui qu'il est, à savoir la liberté.
Le seul sujet adéquat de la foi est la liberté. L'idée de "foi en l'homme", d'une foi qui aurait l'homme pour objet, est fort juste en son fond. Mais la question reste de savoir quel peut être le sujet, qui est capable de performer une telle foi. Qui peut croire en l'homme ? L'homme lui-même ? Mais "croire en soi", c'est le critère même de la folie. Seul Dieu peut "croire en l'homme". Et c'est justement là ce qu'il fait.
De la sorte, ce que l'on appelle la foi en Dieu de l'homme est une réponse à la foi de Dieu en l'homme, en la confiance première de Dieu qui confie à l'homme ce qu'il est. Par la foi, nous acceptons de nous brancher sur Dieu.
SPE SALVI BENOÎT XVI
La foi n'est pas seulement une tension personnelle vers les biens qui doivent venir, mais qui sont encore absents; elle nous donne quelque chose. Elle nous donne déjà maintenant quelque chose de la réalité attendue, et la réalité présente constitue pour nous une « preuve » des biens que nous ne voyons pas encore. Elle attire l'avenir dans le présent, au point que le premier n'est plus le pur « pas-encore ». Le fait que cet avenir existe change le présent; le présent est touché par la réalité future, et ainsi les biens à venir se déversent sur les biens présents et les biens présents sur les biens à venir.
Nous pouvons seulement chercher à sortir par la pensée de la temporalité dont nous sommes prisonniers et en quelque sorte prévoir que l'éternité n'est pas une succession continue des jours du calendrier, mais quelque chose comme le moment rempli de satisfaction, dans lequel la totalité nous embrasse et dans lequel nous embrassons la totalité. Il s'agirait du moment de l'immersion dans l'océan de l'amour infini, dans lequel le temps – l'avant et l'après – n'existe plus. Nous pouvons seulement chercher à penser que ce moment est la vie au sens plénier, une immersion toujours nouvelle dans l'immensité de l'être, tandis que nous sommes simplement comblés de joie. C'est ainsi que Jésus l'exprime dans Jean: « Je vous reverrai, et votre cœur se réjouira; et votre joie, personne ne vous l'enlèvera » (16, 22). Nous devons penser dans ce sens si nous voulons comprendre ce vers quoi tend l'espérance chrétienne, ce que nous attendons par la foi, par notre être avec le Christ.
Nous devons brièvement jeter un regard sur les deux étapes essentielles de la concrétisation politique de cette espérance, parce qu'elles sont d'une grande importance pour le chemin de l'espérance chrétienne, pour sa compréhension et pour sa persistance. Il y a avant tout la Révolution française comme tentative d'instaurer la domination de la raison et de la liberté, maintenant aussi de manière politiquement réelle. L'Europe de l'Illuminisme, dans un premier temps, s'est tournée avec fascination vers ces événements, mais face à leurs développements, elle a dû ensuite réfléchir de manière renouvelée sur la raison et la liberté. Les deux écrits d'Emmanuel Kant, où il réfléchit sur les événements, sont significatifs pour les deux phases de la réception de ce qui était survenu en France. En 1792, il écrit son œuvre: « Der Sieg des guten Prinzips über das böse und die Gründung eines Reiches Gottes auf Erden » (La victoire du principe du bien sur le principe mauvais et la constitution d'un règne de Dieu sur la terre). Il y écrit: « Le passage progressif de la foi d'Église à l'autorité unique de la pure foi religieuse est l'approche du royaume de Dieu ». Il nous dit aussi que les révolutions peuvent accélérer les temps de ce passage de la foi d'Église à la foi rationnelle. Le « règne de Dieu », dont Jésus avait parlé, a reçu là une nouvelle définition et a aussi pris une nouvelle présence; il existe, pour ainsi dire, une nouvelle « attente immédiate »: le « règne de Dieu » arrive là où la foi d'Église est dépassée et remplacée par la « foi religieuse », à savoir par la simple foi rationnelle. En 1794, dans l'écrit « Das Ende aller Dinge » (La fin de toutes les choses), apparaît une image transformée. Kant prend alors en considération la possibilité que, à côté du terme naturel de toutes les choses, il s'en trouve aussi un contre nature, pervers. Il écrit à ce sujet: « Si le christianisme devait cesser d'être aimable [...], on verrait nécessairement [...] l'aversion et la révolte soulever contre lui le cœur de la majorité des hommes; et l'antéchrist, que l'on considère de toute façon comme le précurseur du dernier jour, établirait son règne (fondé sans doute sur la peur et l'égoïsme), fût-ce pour peu de temps; et comme le christianisme, destiné à être la religion universelle, serait alors frustré de la faveur du destin, on assisterait à la fin (renversée) de toutes choses au point de vue moral
Karl Marx recueillit cette aspiration du moment et, avec unlangage et une pensée vigoureux, il chercha à lancer ce grand pas nouveau et, comme il le considérait, définitif de l'histoire vers le salut – vers ce que Kant avait qualifié de « règne de Dieu ». Une fois que la vérité de l'au-delà se serait dissipée, il se serait agi désormais d'établir la vérité de l'en deçà. La critique du ciel se transforme en une critique de la terre, la critique de la théologie en une critique de la politique. Le progrès vers le mieux, vers le monde définitivement bon, ne provient pas simplement de la science, mais de la politique – d'une politique pensée scientifiquement, qui sait reconnaître la structure de l'histoire et de la société, et qui indique ainsi la voie vers la révolution, vers le changement de toutes les choses. Avec précision, même si c'est de manière unilatérale et partiale, Marx a décrit la situation de son temps et il a illustré avec une grande capacité d'analyse les voies qui ouvrent à la révolution – non seulement théoriquement: avec le parti communiste, né du manifeste communiste de 1848, il l'a aussi lancée concrètement. Sa promesse, grâce à la précision des analyses et aux indications claires des instruments pour le changement radical, a fasciné et fascine encore toujours de nouveau. La révolution s'est aussi vérifiée de manière plus radicale en Russie.
Il supposait simplement que, avec l'expropriation de la classe dominante, avec la chute du pouvoir politique et avec la socialisation des moyens de production, se serait réalisée la Nouvelle Jérusalem: alors, toutes les contradictions auraient en effet été annulées, l'homme et le monde auraient finalement vu clair en eux-mêmes. Alors tout aurait pu procéder de soi-même sur la voie droite, parce que tout aurait appartenu à tous et que tous auraient voulu le meilleur les uns pour les autres. Ainsi, après la révolution réussie, Lénine dut se rendre compte que, dans les écrits du maître, il ne se trouvait aucune indication sur la façon de procéder. Oui, il avait parlé de la phase intermédiaire de la dictature du prolétariat comme d'une nécessité qui, cependant, dans un deuxième temps, se serait avérée d'elle-même caduque. Cette « phase intermédiaire », nous la connaissons bien et nous savons aussi comment elle s'est développée, ne faisant pas naître un monde sain, mais laissant derrière elle une destruction désolante. Marx n'a pas seulement manqué de penser les institutions nécessaires pour le nouveau monde – on ne devait en effet plus en avoir besoin. Qu'il ne nous en dise rien, c'est la conséquence logique de sa façon d’envisager le problème. Son erreur est plus en profondeur. Il a oublié que l'homme demeure toujours homme. Il a oublié l'homme et il a oublié sa liberté. Il a oublié que la liberté demeure toujours liberté, même pour le mal. Il croyait que, une fois mise en place l'économie, tout aurait été mis en place. Sa véritable erreur est le matérialisme: en effet, l'homme n'est pas seulement le produit de conditions économiques, et il n'est pas possible de le guérir uniquement de l'extérieur, en créant des conditions économiques favorables.
En ce qui concerne les deux grands thèmes « raison » et « liberté », les questions qui leur sont liées ne peuvent être ici que signalées. Oui, la raison est le grand don de Dieu à l'homme, et la victoire de la raison sur l'irrationalité est aussi un but de la foi chrétienne. Mais quand la raison domine-t-elle vraiment? Est-ce quand elle s’est détachée de Dieu? Est-ce quand elle est devenue aveugle pour Dieu? La raison du pouvoir et du faire est-elle déjà la raison intégrale? Si, pour être progrès, le progrès a besoin de la croissance morale de l'humanité, alors la raison du pouvoir et du faire doit pareillement, de manière urgente, être complétée, grâce à l'ouverture de la raison aux forces salvifiques de la foi, au discernement entre bien et mal. C'est seulement ainsi qu'elle devient une raison vraiment humaine. Elle ne devient humaine que si elle est en mesure d'indiquer la route à la volonté, et elle n'est capable de cela que si elle regarde au delà d'elle-même. Dans le cas contraire, la situation de l'homme, dans le déséquilibre entre capacité matérielle et manque de jugement du cœur, devient une menace pour lui et pour tout le créé. Ainsi, dans le domaine de la liberté, il faut se rappeler que la liberté humaine requiert toujours le concours de différentes libertés. Ce concours ne peut toutefois pas réussir s'il n'est pas déterminé par un intrinsèque critère de mesure commun, qui est le fondement et le but de notre liberté. Exprimons-le maintenant de manière très
simple: l'homme a besoin de Dieu, autrement, il reste privé d'espérance. Étant donné les développements des temps modernes, l'affirmation de saint Paul citée au début (Ep 2, 12) se révèle très réaliste et tout simplement vraie. Il n'y a cependant pas de doute qu'un « règne de Dieu » réalisé sans Dieu – donc un règne de l'homme seul – se conclut inévitablement par « l'issue perverse » de toutes les choses, décrite par Kant: nous l'avons vu et nous le voyons toujours de nouveau. De même, il n'y a pas de doute que Dieu n’entre vraiment dans les choses humaines que s'il n'est pas uniquement pensé par nous, mais que Lui-même vient à notre rencontre et nous parle. C'est pourquoi la raison a besoin de la foi pour arriver à être totalement elle-même: raison et foi ont besoin l'une de l'autre pour réaliser leur véritable nature et leur mission.
02 novembre 2008
Du Sacrifice
Extrème vulnérabilité de l'amour de Dieu gratuitement prodigué dans son dessein. Quoi de plus facile que de tuer un agneau. Il n'opposera pas de résistance, puisqu'il est innocent. Il n'imagine pas le mal ; il ne prévoira donc pas le coup et sera frappé de plein fouet. Il faut se remémorer le récit du sacrifice d'Isaac et ce dialogue boulversant entre Isaac et Abraham montant vers le Mont Moriya. Isaac qui est vraiment la préfiguration de l'Agneau demande à son père : " Père, voilà le feu et le bois, mais où est l'agneau pour l'holocauste ? " (Gn.22,7). Et la réponse d'Abraham si belle : " C'est Dieu qui pourvoira à l'agneau pour l'holocauste mon fils ". Tout est dit, d'une certaine manière, comme en " parabole " (Hb.11,19) : Dieu pourvoira, c'est-à-dire Dieu se fer l'Agneau, Isaac est aussi une figure de Dieu lui-même, devenu dans son Fils le Serviteur Souffrant : " comme un agneau muet que l'on mène à l'abattoir " (Is.53,7).
Jean Miguel Garrigues
Le Mystère du dessein bienveillant de l'amour de Dieu, aussi fidèle que vulnétable, ne s'exprime pas dans la figure d'un Agneau égorgé. L'Agneau " discerné dès avant la fin du monde " est " sans reproche et sans tache ", mais non immolé. Avant la fondation du monde, dans la volonté antécédente du dessein de Dieu, il n'appararaît pas comme immolé ; il est connu comme Agneau innocent et vulnérable, figure de l'amour fidèle dans lequel Dieu engage son Nom. Il ne faut donc pas parler de blessure puisqu'il n'y avait aucune nécessité qu'elle se produisit. Dieu a conçu un projet tel et il s'y est engagé lui-même de telle manière qu'il s'exposait comme Agneau : son innocence se rendait infiniment vulnérable. Pourquoi ? Parce que ce projet qui vient totalement du coeur de Dieu, ce dessein d'amour bienveillant, ne peut s'accomplir qu'avec notre consentement, puisqu'il est une adoption filiale qui doit respecter notre liberté. Il ne s'agit pas de rendre heureux un esclave en lui donnant à manger ou en le taitant bien. Il s'agit d'amener un fils à découvrir le coeur de son Père.
Jean Miguel Garrigues
LE VRAI SACRIFICE
Qui serait assez fou pour croire que Dieu a besoin des sacrifices qu’on lui offre ? Le culte qu’on rend à Dieu profite a l'homme et non a Dieu. Ce n’est pas à la source que cela profite si on y boit, ni à la lumière si on la voit. Il n y a qu’une façon de comprendre les sacrifices qu’offraient nos pères : ils étaient le signe de ce qui s’accomplit en nous-mêmes, c’est-à-dire notre adhésion à Dieu. Le sacrifice visible est le sacrement ou signe sacré du sacrifice invisible.
Le vrai sacrifice, c’est tout ce que nous faisons pour être unis à Dieu, pour être en communion avec lui. L’homme lui-même consacré par le nom de Dieu et vivant pour Dieu, est un sacrifice. Notre corps, quand, pour Dieu, nous le maîtrisons par la tempérance, quand nous ne nous offrons pas au mal, est un sacrifice... C'est a cela que l'apôtre Paul nous invite: « Je vous exhorte, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, a vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : c'est là votre culte spirituel » (Rm l2, I-2).
Il découle de la que tout le peuple racheté, c’est-à-dire la communion et la communauté des saints, est le sacrifice universel offert à Dieu par le grand prêtre, lui qui, dans sa passion, s’est offert lui-même pour nous, pour que nous devenions son corps. C’est sa condition d’homme qu’il a offerte, c’est selon cette condition humaine qu’il est médiateur, en elle qu’il est prêtre, en elle qu’il est sacrifice.
Voilà donc le sacrifice des chrétiens: tous ensemble un seul corps en Christ. C’est le mystère que l’Eglise célèbre si souvent au sacrement de l’autel ou il lui est montré que, dans ce qu’elle offre, c’est elle qui est offerte.
Saint AUGUSTIN.
Cité de Dieu X, 5-6. (Extraits)
01 novembre 2008
Toussaint
Bienheureux Louis et Zélie MARTIN 19 octobre
Un passage de la célèbre Lettre à Diognète sur le mariage chrétien et que les époux Martin ont su parfaitement incarner : ": Les chrétiens ne se distinguent des autre hommes ni par le territoire, ni par la langue, ni par le vêtement. (...) Ils se marient comme les autres et ils ont des enfants, mais ils n'abandonnent pas les nouveau-nés. Ils vivent dans la chair, mais pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, mais leur façon de vivre dépasse les lois ".